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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 21:34

Le Temps Ordinaire

Finies les festivités du temps de noël. Après la fête du baptême du Seigneur, les ornements blancs ont laissé place à la couleur verte. Les tensions des préparatifs de l’Avent en vue de célébrer noël semblent se calmer. C’est comme si tout redevenait normal. Un temps fort de la liturgie est passé, et nous sommes entrés dans le temps dit « Ordinaire ». Notre entretien de ce soir consiste à nous donner une notion de ce temps de la liturgie. Qu’est le temps Ordinaire ? Quelle différence entre ce temps et les autres temps dits « forts » de la liturgie ? Comment ce temps est-il né dans l’histoire de l’Eglise, quelle en est la durée. Nous allons essayer de définir le Temps Ordinaire tout en en précisant les caractéristiques. Nous esquisserons ensuite la théologie de ce temps et enfin la pastorale qu’il nous permet de vivre en Eglise.

I. Qu’est-ce que le Temps Ordinaire ?

Le Tempus per Annum[1] est ce temps liturgique que le français désigne comme Temps Ordinaire. Il s’agit d’une période contenant 33 ou 34 semaines au cours de laquelle l’Eglise commémore le mystère même du Christ dans sa plénitude et particulièrement le dimanche. Ceci est contraire aux autre temps liturgiques où l’on célèbre un aspect particulier du mystère du Christ.

Le Temps Ordinaire commence le lundi qui suit le dimanche tombant après le 6 janvier, et se poursuit jusqu’au mardi avant le carême inclusivement. Il recommence le lundi après le dimanche de la Pentecôte et s’achève avant les premières vêpres du premier du premier dimanche de l’Avent. Le temps Ordinaire ainsi défini était-il constitué tel qu’on le vit maintenant, depuis ses origines ?

II. Brève histoire du Temps Ordinaire

A. Avant le concile du Vatican II

Les débuts du Temps Ordinaire se réfèrent simplement à la célébration dominicale. Il s’agit du dimanche comme célébration de la Pâques hebdomadaire. Le cycle liturgique hebdomadaire représentant en fait la plus ancienne célébration de la Pâques du Seigneur. Il est antérieur à la formation des cycles « Carême-Pâques-Pentecôte » et « Avent-Noël- Epiphanie ». Il faut reconnaître que le nombre des dimanches et semaines du Temps Ordinaire va se réduire progressivement au cours des premiers siècles, au fur et à mesure que se précisait l’organisation de l’année liturgique autour des grands mystères de la rédemption. En outre, ces dimanches n’avaient aucun titre spécifique et sont reconnus dénommés par rapport à une fête qui les précède ou les suit : dimanche après l’Epiphanie, ou après la Pentecôte, etc

B. La réforme Conciliaire

1. Unité du Temps Ordinaire

Avec la Réforme conciliaire du Vatican II, ces dimanches et les semaines respectives qu’ils inaugurent ne sont plus ainsi dénommés. Ils ont reçu leur unité qui manifeste une continuité et cohésion interne qui crée ainsi ce que nous appelons le Temps Ordinaire dont le contenu et la durée a été précisée dans la définition qui précède. Mais quelle relation existe-t-il entre ce temps et les autres ?

2. Creuset d’approfondissement du mystère du Christ

Il serait inopportun d’opposer les temps liturgiques « forts » (Avent-Noël-Epiphanie-Carême-Pâques) au temps Ordinaire, vu comme un temps faible ou inférieur. Car si les, soi-disant, temps forts de la liturgie ont leurs caractéristiques théologique et pastorale propres, force est de reconnaitre qu’on ne peut faire abstraction de la période du cycle liturgique quotidien qui est le tissu concret de l’existence journalière du chrétien. En ce sens, le temps Ordinaire est à considérer comme une « temps liturgique fort » en laquelle le chrétien est appelé à approfondir et à assimiler le mystère du Christ, lui qui s’engage dans la vie des croyants afin de l’assumer et la rendre pleinement « pascale ». C’est bien dans cette perspective que le pape Jean Paul II affirmait : « En suivant les temps de l'année liturgique dans l'observance du dimanche qui le rythme tout entier, l'engagement ecclésial et spirituel du chrétien est profondément centré sur le Christ, en qui il trouve sa raison d'être et auprès de qui il puise sa nourriture et son stimulant »[2].

Le fait que dans l’actuel calendrier liturgique, le Temps Ordinaire se compose de deux moments entrecoupés par le cycle pascal, n’est pas un obstacle à la célébration progressive du mystère du Christ. Mieux, le cycle pascal offre une merveilleuse continuité dans l’évocation de la vie de notre Sauveur. Dans cette perspective, le temps du Carême débute, avec les épisodes de la tentation et de la transfiguration, les moments où Jésus commence précisément le processus de la Pâque, destin et point culminant de sa vie, et donc le centre qui illumine tous les événements et parole de son existence. Le Temps Ordinaire est ponctué par des grandes célébrations.

En effet, de grandes célébrations du mystère marial sont insérées dans le cours du Temps Ordinaire ainsi que de nombreuses commémorations des saints. Progressivement, certains jours en semaine sont caractérisés ; soit dans leur rapport avec le dimanche, et dans ce sens apparait le vendredi comme mémoire de la passion et le samedi, journée dédiée à la Vierge Marie ; soit en rapport à une référence dévotionnelle liée à certains saints ou à de particulières dévotions. Le même dimanche perd ainsi son sens primaire de Pâque hebdomadaire pour devenir, à partir de la seconde moitié du IXè siècle, le jour de la très Sainte Trinité. Il faut comprendre que le Concile du Vatican II a redonné au dimanche son caractère pascal : « L’Église célèbre le mystère pascal, en vertu d’une tradition apostolique qui remonte au jour même de la résurrection du Christ, chaque huitième jour, qui est nommé à bon droit le jour du Seigneur, ou dimanche »[3].

Tandis que la structure actuelle du calendrier liturgique a diminué considérablement la célébration de la mémoire des saints, on peut constater une riche disposition rituelle pendant les féries[4] du Temps Ordinaire, évitant ainsi l’assignation systématique des aspects dévotionnels de certains jours dans la semaine. Le Temps Ordinaire a ainsi acquit une physionomie propre ayant pour pivot la lecture continue (ou semi continue) de la parole de Dieu.

3. Les lectures bibliques

Les dimanches et les féries du Temps Ordinaire reçoivent leur caractéristique première des lectures bibliques qui leur sont assignées. Tandis que les péricopes bibliques des autres cycles sont choisis avec le critère de l’harmonisation thématique, les lectures du Temps Ordinaire suivent le principe semi continue, de sorte qu’un livre biblique est proclamé tout en laissant de côté, pour des motifs pastoraux, des portions de texte.

4. L’Euchologie

Le contenue de l’euchologie des messes dominicale en cette période liturgique est généralement assez varié en considération au mystère même du Christ. Il faut souligner que certains Missels nationaux ont ajouté des préfaces et une série de collecte alternatives avec des lectures bibliques et d’autres collectes au choix pour les jours fériés.

III. Les trois lectures dominicales

Chaque dimanche du Temps Ordinaire, trois lectures sont proclamées. Il s’agit d’un texte évangélique, un texte vétéro testamentaire et un texte des Lettres apostoliques.

A. La lecture évangélique

A partir du troisième dimanche du Temps Ordinaire commence la lecture semi continue des évangiles synoptiques, il s’agit d’une suite progressive du déroulement de la vie et de la prédication du Seigneur, selon l’orientation doctrinale propre de chaque évangile. Ainsi en année A, on lit l’évangile selon saint Mathieu ; année B Marc ; année C Marc. Au cours de l’année B, cinq lectures tirées de l’évangile selon saint Jean sont insérées les XVII-XXI dimanches. Il s’agit du chapitre 6 qui expose le discours sur le « pain de vie ». avec une distribution ainsi conçue, on obtient une certaine harmonie entre la présentation narrative de chacun des trois évangiles et le déroulement de l’année liturgique.

B. La première lecture

Elle est tirée de l’Ancien Testament. Ses textes sont extraits en référence aux péricopes évangéliques respectives pour démontrer l’unité des deux testaments. La relation entre les deux textes est ponctuée par le choix minutieux des titres qui les introduisent.

C. La deuxième lecture

La seconde lecture consiste en une progression semi continue des lettres de Paul et Jacques (celles de Pierre et Jean se lisent au cours du Temps Pascal et Noël). Considérant la longueur de la première épître aux Corinthiens ainsi que la variété des sujets qu’elle aborde, elle est distribuée dans tous les cycles au début du Temps Ordinaire. Il en est ainsi de la Lettre aux Hébreux qui est divisée en deux parties : une pour l’année B et l’autre pour l’année C

Outre les lectures dominicales, le Temps Ordinaire comporte aussi des lectures en férie.

IV. Les deux lectures en férie

Les féries du Temps Ordinaire n’ont pas un formulaire propre pour la messe sauf les lectures et le psaume responsorial. Le lectionnaire férial du Temps Ordinaire est une nouveauté dans la liturgie romaine correspondant à une disposition du Concile du Vatican II pour une ouverture plus abondante aux trésors de la Bible au bénéfice du peuple chrétien. Ce lectionnaire est divisé en deux ans : la première concerne les années impaires et la deuxième, les années paires.

A. Les évangiles

Le noyau fondamental du lectionnaire férial è la lecture semi continue des trois évangiles synoptiques, les mêmes péricopes sur deux années. Le premier, celui de Marc est lu (I-IX semaine) puis Mathieu (X-XXI semaine) enfin Luc (XXII-XXXIV semaine). Le discours eschatologique est lu en Luc à la fin de l’année liturgique car cet évangile en rapporte la structure complète.

B. La première lecture

Deux schémas rythment cette lecture répartie sur deux ans également. L’Ancien ou le nouveau Testament(les écrits apostoliques) sont lus en alternance selon la longueur des différents livres.

1. Le Nouveau Testament

De larges extraits des lettres apostoliques sont lus, de manière à en saisir le contenu essentiel. Ceci au détriment des extraits dénués d’utilité pastorale à l’exemple de la glossolalie[5] et la discipline de l’Eglise primitive

2. L’Ancien Testament

La quasi-totalité des livres de l’Ancien Testament sont présent dans le lectionnaire à l’exception des petits livres prophétiques comme ceux d’Abdia et Sophonie, ainsi que du livre poétique du Cantique des Cantiques. Parmi les livres narratifs à caractère édifiant, le lectionnaire présente Tobie et Ruth. Les autres livres comme Esther et Judith sont abandonnés même si on en lit seulement quelques extraits les dimanches ou les féries d’autres temps liturgiques. Des livres à contenu eschatologique comme Daniel et l’Apocalypse sont lus à la fin de l’année liturgique. Leurs thèmes sont en harmonie avec les péricopes eschatologiques de l’évangile selon saint Luc et s’insèrent dans la perspective de la fête du christ Roi de l’univers (dernier dimanche du Temps Ordinaire) et du premier dimanche de l’Avent. Mais le Temps Ordinaire est aussi rythmé par la Liturgie des Heures.

C. La liturgie des Heures

Au cours du Temps Ordinaire, l’Eglise utilise dans la Liturgie des Heures le psautier divisé en quatre semaines avec leurs lectures, les réponds , les antiennes et invocations. Les textes propres sont les lectures bibliques et patristiques de l’office des lectures de chaque jour, les antiennes des cantiques évangéliques (Benedictus et Magnificat) et les collectes des dimanches qui se récitent aux laudes ainsi qu’aux vêpres.

V. Théologie et spiritualité du Temps Ordinaire

Le Temps Ordinaire prend tout son sens à partir de la célébration dominicale qui le consacre et qui rénove chaque semaine de la Pâque du Seigneur. Il est loisible de considérer les dimanches du Temps Ordinaire comme des dimanches à l’état pur. Car le dimanche est perçu comme la Pâque hebdomadaire. Ceci n’empêche pas l’émergence de tous les autres noms donnés aux jours du Seigneur. Une théologie spécifique du dimanche est présente dans les préfaces du Missel Romain. Il existe une unité thématique entre les lectures bibliques et les collectes alternatives. Mais cette unité semble s’estomper entre les lectures et les autres prières et chants sauf les psaumes responsoriaux et les acclamations. Il existe par contre une harmonisation thématique entre les textes évangéliques et ceux de l’ancien Testament. De ce qui précède il ressort que le but de l’homélie ainsi que des monitions, c’est bien de faire ressortir que la parole de Dieu s’insère dans la globalité du mystère du Christ et de l’Eglise qui est célébré dans l’eucharistie. La prière des fidèles doit donc s’inspirer des lectures proclamée en syntonie avec la vie de la communauté. Il faut souligner que les textes de la Liturgie des Heures nous fournissent aussi des éléments pour une théologie du dimanche. En outre, en cette période de l’année liturgique, l’office divin n’a de textes propre que ceux bibliques et patristiques de l’office des lectures prévu pour chaque jour ainsi que les antiennes des cantiques évangéliques.

La lecture semi continue de l’évangile est ainsi au centre de la spiritualité chrétienne. Elle propose au chrétien, la vie même du Christ et les paroles de ce dernier, non seulement dans la célébration des grands mystères de la vie du Seigneur, mais aussi et surtout dans la normalité quotidienne des gestes du Sauveur ainsi que de ses enseignements. Assumer le mystère du Christ dans le cours du Temps Ordinaire revient pour le croyant, à prendre au sérieux sa vocation de disciple qui est à l’écoute du maître qu’il suit dans sa vie quotidienne. Il ne s’agit pas dans cette perspective, de mettre le quotidien entre parenthèse, mais plutôt de la souligner comme moment salvifique. Cette lecture semi continue d’autres livres de l’ancien et du Nouveau Testament offre au fidèle chrétien la possibilité de mesurer son appartenance au Christ, en se mettant à sa suite, au regard des grandes attentes du peuple de Dieu, ainsi que la fidélité persévérante de la première communauté chrétienne. Il faut dire que les lectures bibliques dans le Temps Ordinaire constituent une invitation au chrétien à effectuer un engagement moral à la suite du Christ et à la construction du Règne de Dieu.

Le Temps Ordinaire est la période au cours de laquelle la vie dans l’Esprit est appelée à s’approfondir, à se concrétiser et, à finalement conduire le fidèle chrétien à une existence mature et consciente. Il s’agit du temps de l’assimilation des dons de l’Esprit et de la croissance des effets bénéfiques qu’ils provoquent. Le thème de la Sequela Christi, c’est-à-dire des conditions essentielles et des attitudes fondamentales requises par Jésus à ceux qui désirent le suivre, est mis en évidence surtout dans l’évangile selon saint Luc qui est lu au cours de l’année liturgique C. Des thèmes de la renonciation, du détachement par rapport aux richesses, de l’unité, de la prière, du pardon aux frères, etc. émergent aussi. Il n’est pas seulement question d’un engagement moral personnel mais aussi collectif impliquant toute la communauté en vue de la construction du Royaume inauguré par le Christ pour être pleinement accompli à la fin des temps. Ainsi, les thèmes de la paix, la liberté, la justice, la solidarité, etc. composantes essentielles du témoignage et de la mission chrétienne suscitée et soutenue par l’Esprit saint et conférée par le Ressuscité à ses disciples, entrent dans la liturgie du Temps Ordinaire. Ils présentent le message chrétien dans sa signification de fécond scandale et de rupture d’avec la mentalité et la coutume de ce « monde » loin de Dieu et soumis au malin[6].

Si le temps Avent-Noël-Epiphanie est le temps de la « manifestation », les deux premiers dimanches du Temps Ordinaire s’inscrivent aussi dans la même perspective. A partir de la troisième semaine commence la lecture semi continue des évangiles synoptiques. Ces lectures suivent le déroulement successif de la vie et de la prédication du Seigneur.

Le Temps Ordinaire se présente finalement comme une temps de croissance et de maturation, un moment où le mystère du Christ est appelé à pénétrer progressivement dans l’histoire jusqu’à la récapitulation totale en Jésus Christ. Ce sommet où tout culmine est représenté par la solennité du Christ Roi de l’univers vers lequel tend l’histoire.

Les livres liturgiques romains reportent à la fin du Temps Ordinaire une série e solennités du Seigneur : la très sainte Trinité, le très saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, le Sacré Cœur de Jésus, Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers. Ces solennités ont émergé dans le cours du second millénaire de l’ère chrétienne. Le Temps Ordinaire ne fait pas non plus économie des fêtes mariales et celles des saints.

[1] Traduction littérale de moment de l’année

[2] Jean Paul II, Lettre apostolique, Dies Domini, n 78, 1998

[3] Constitution sacrosanctum Concilium, n106.

[4] Nom que l'Église donne aux différents jours de la semaine, à l'exception du samedi et du dimanche. Faire l'office de la férie, et, par ellipse, faire la férie. Le lundi est la deuxième férie, le mardi la troisième, et ainsi de suite, jusqu'au vendredi qui est la sixième férie. On ne dit ni première férie pour dimanche, ni septième férie pour samedi.

[5] Don surnaturel de parler les langues, par exemple chez les apôtres après la mort de Jésus.

[6] Cf. Jn 17,15.

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Published by Père Saturnin Anani LAWSON
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