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inhumation michel Gérard

 

 

 

 

 

Chers amis,

 

            Nous sommes tous marqués par le coup qui a frappé brutalement notre « petite congrégation » : le décès subit du Père Michel Gérard, supérieur général depuis 2001. Devant un tel événement, il n’y a pas grand-chose à dire ; il y a surtout à se remettre entre les mains du Seigneur et à se « réconforter les uns des autres » comme l’écrit saint Paul aux Thessaloniciens, parce que nous ne sommes pas comme « ceux qui n’ont pas d’espérance ». Nous réconforter, mais aussi rendre grâce : les multiples témoignages que nous recevons à l’occasion du décès de Michel sont unanimes à reconnaître les qualités qu’il a mises au service de la congrégation, ce qui veut dire aussi au service de chacun des confrères et des associés : une attention, une écoute et un respect qui forcent l’admiration. Quand le temps sera venu, nous pourrons rassembler ces témoignages qui nous rappelleront le don de Dieu que nous avons reçu : avoir eu Michel comme supérieur général.

 

Un décès brutal

Inévitablement, nous nous interrogeons sur la cause de son décès. J’ai vécu à Rome avec Michel, quand il ne faisait pas ses visites, depuis septembre dernier ; des confrères qui l’ont approché ces derniers jours m’ont dit ce qu’ils avaient constaté, mais nul médecin n’a établi avec certitude les raisons de son décès. On ne peut que rapporter divers facteurs qui peuvent l’expliquer. D’abord, les derniers mois de la vie de Michel ont été fatigants. Les voyages pour la congrégation se sont succédés (assemblée provinciale d’Amérique du Nord, voyage éclair au Mexique, visite canonique au Bénin, puis visite canonique en Côte-d’Ivoire). Cela suppose des décalages horaires, des changements d’habitudes alimentaires, des changements de lits, des attentes dans les aéroports, toutes choses facilement assimilables quand on a 30 ans, beaucoup moins quand on a dépassé les 67 ans. Ajoutez à cela les longues heures d’écoute, les problèmes à résoudre, l’attention perpétuelle aux confrères et aux communautés : la « conscience professionnelle » de Michel ne lui laissait que peu de répit ! Il me disait ces derniers temps combien cela le fatiguait, et cette fatigue s’accumulait sans trop pouvoir s’évacuer.

Par ailleurs, chacun de nous connaissait Michel : ce n’était pas l’homme à rencontrer le médecin pour ce qu’il estimait être « peu de choses ». Depuis plus d’un an, il lui arrivait de me confier qu’il avait souvent des ennuis gastriques qui l’empêchaient de dormir, mais cela ne l’arrêtait pas. Cette dernière semaine, pendant son séjour en France, il avait de la fièvre. Il n’en voyait pas la provenance et il la combattait lui-même à l’aide d’antipyrétiques classiques, se promettant d’aller consulter un médecin si elle s’aggravait. La veille de sa mort, il avait fait l’aller retour à Blois et Orléans ; à son arrivée le soir en gare de Paris, il me disait au téléphone qu’il était très fatigué, a un point tel qu’il avait des difficultés d’élocution, et qu’il irait consulter le médecin le lendemain. Le P. Pecqueux, conseiller général, qui était venu le chercher à la gare, l’a conduit en taxi jusqu’à la maison provinciale. Mais Michel n’a pas voulu qu’on appelle les médecins d’urgence ou qu’on le conduise à l’hôpital. Le lendemain matin vendredi, jour de son décès, il disait aller mieux mais qu’il était trop faible pour aller chez le médecin. C’est donc le médecin qui est venu à la maison ; il lui a prescrit des analyses pour connaître l’origine de sa fièvre, mais n’a pas jugé nécessaire de l’hospitaliser. Les infirmières sont venues faire les prélèvements. Dans la matinée, il a répondu au téléphone à l’un de ses amis, puis vers midi il est devenu inconscient. Le médecin appelé en urgence n’a pu que constater son décès peu après : des signes laissaient apparaître qu’il y avait eu une hémorragie interne importante, probablement d’origine digestive.

Son décès a sans doute été la conjonction de plusieurs facteurs : une certaine prédisposition venant de sa fragilité gastrique, la prise de médicaments pour faire baisser la fièvre qui a pu interagir avec cette fragilité et surtout l’accumulation de la fatigue due à ses nombreuses activités.

 

La célébration des obsèques

Célébration est le mot : de nombreuses personnes se sont rassemblées, soit à Paris, soit à Redon et à La 27Roche-du-Theil, pour célébrer le « passage » de Michel vers le Père et rendre grâce à Dieu pour tout ce qu’il avait accompli par lui en faveur de l’Église et plus particulièrement de la congrégation. Beaucoup de personnes avaient bouleversé leur emploi du temps pour être présentes ; d’autres encore, pris par la mission ou les circonstances, n’ont pu venir, mais nous ont fait parvenir leurs messages de communion et de sympathie et ont été présentes de cœur par des célébrations organisées là où elles vivaient. C’est le cas en particulier des supérieurs provinciaux qui par leur présence ont témoigné de l’attachement à Michel, ou par leur absence de leur fidélité à la mission, qui, à la suite de Jean Eudes, était au cœur des préoccupations de Michel. Il n’est pas possible de nommer tous ceux et celles qui sont venus : outre les incorporés et associés eudistes, des évêques et des prêtres des diocèses où avait travaillé Michel, des « cousins » de l’École Française, des Sœurs de la grande famille (dont les supérieures générales de N-D de Charité, du Bon Pasteur, des Sœurs des Saint-Cœurs, des Petites Sœurs de Pauvres…), d’autres congrégations encore et beaucoup de laïcs qui avaient connu et apprécié Michel dans les divers services d’Église qu’il avait rendus. Michel a été enterré dans le cimetière de la Roche-du-Theil, avec ses confrères, en Bretagne – et sous un soleil radieux – cette province qu’il affectionnait tout particulièrement. 35

 

Et maintenant…

Une inquiétude, bien légitime, traverse la congrégation : qu’allons-nous devenir ? Il est arrivé dans les décennies précédentes qu’un supérieur général nous soit enlevé, mais pour devenir évêque : on disposait alors d’un certain temps pour préparer la succession et le conseil général était plus fourni. Mais se dire aujourd’hui que tout est perdu serait manquer de confiance envers le Seigneur, envers saint Jean Eudes et envers ceux qui ont œuvré pour nous donner des constitutions ! Justement, ces dernières ont été modifiées ad experimentum à l’assemblée générale de 2007 en ce qui concerne la vacance de la charge de supérieur général :

N° 157 a) Dans tous les cas où la charge de supérieur général devient vacante, la Congrégation est régie jusqu’à l’élection de son successeur par le vicaire général avec le concours des autres conseillers, qu’il réunit le plus tôt possible.

b) Le vicaire général exerce ex officio la charge de supérieur général jusqu’à la prochaine assemblée générale ordinaire. Il complète ensuite le conseil général selon la procédure établie par les Constitutions.

 

Ce qui est clair, c’est que le vicaire général exerce ex officio la charge de supérieur général jusqu’à la prochaine assemblée générale ordinaire (de juillet 2012), avec le concours des autres conseillers, qu’il doit réunir le conseil général le plus tôt possible et qu’il doit compléter le conseil par la nomination d’un nouveau vicaire général selon la procédure des constitutions : présentation au conseil général par le supérieur général (ou maintenant le vicaire) et désignation à la majorité des suffrages. Il me paraît nécessaire de choisir un confrère dans l’une des provinces d’Amérique du Sud : l’ensemble des trois provinces de ce continent forme plus de la moitié de la congrégation. Ou ce pourrait être un confrère de la vice-province d’Afrique… mais nous nous heurtons à l’une de mes incapacités : il manque cruellement d’un confrère hispanophone dans le conseil général. Ceci étant dit, il reste toujours la possibilité au conseil général de convoquer une assemblée ordinaire d’élection (cf. Cst n° 117) s’il le juge nécessaire. Dans ce cas, une condition est requise : qu’il s’écoule au moins trois mois entre la date de convocation et la réunion de l’assemblée (Cst n° 118).

 

Concrètement, j’ai donc convoqué une réunion du conseil général ; malgré les occupations des conseillers, celui-ci se réunira à Rome les 8, 9 et 10 avril prochains. Il pourra se prononcer sur la nécessité ou non de convoquer une assemblée ordinaire d’élection avant l’assemblée prévue en juillet 2012 qui est déjà en cours de préparation. Il devra désigner de toute façon un nouveau conseiller général, qui deviendra alors le nouveau vicaire général. Par ailleurs, le conseil devra procéder à la nomination d’un économe général, puisque la charge est restée vacante depuis la démission du P. Stampers. Il aura en outre à désigner un secrétaire général et un procureur général, sachant que ces fonctions sont compatibles avec celles de conseiller général (Cst 158b). Il aura enfin à traiter d’autres questions qui lui reviennent, et qui étaient déjà mises à l’ordre du jour par le P. Michel Gérard.

 

Les modifications des constitutions faites lors de la dernière assemblée ont restreint le nombre des conseillers. C’est pourquoi j’ai aussi sollicité l’avis des supérieurs provinciaux, afin qu’ils puissent éclairer les décisions du conseil en ce qui concerne la tenue ou non d’une assemblée d’élection et le choix des personnes qui devront se mettre au service de l’administration générale. J’en profite pour remercier les supérieurs provinciaux qui m’ont manifesté à cette occasion leur appui et leur soutien, et qui m’ont déjà très fraternellement prodigué un certain nombre de conseils.

 

La mission continue

            Le deuil de Michel nous a frappés ; mais dans le même temps, des événements heureux se sont produits ou vont se produire dans la congrégation. Le 12 mars dernier, au Honduras, Noé Rivera, de la province du Minuto de Dios a été ordonné prêtre ; le 25 mars prochain, Jaime Salcedo, de la même province, sera incorporé à la congrégation ; le même jour encore, trois jeunes de la Province de Colombie et trois de la province du Venezuela feront leur entrée en probation. Dans la province d’Amérique du Nord, la région américaine se prépare à une seconde ordination presbytérale et à plusieurs entrées en probation. Des raisons de nous réjouir, surtout en ce 25 mars, jour anniversaire de la fondation de la congrégation. En renouvelant nos promesses d’incorporation le 24 mars, nous pourrons ainsi porter plus particulièrement dans la prière ceux qui s’engagent dans la congrégation à « vivre et mourir pour servir et glorifier le Seigneur Jésus aussi parfaitement que possible ».

 

            La mission continue, dans un environnement parfois difficile. Je pense ici plus particulièrement à la vice-province d’Afrique : au moment où j’écris ces lignes, la situation en Côte-d’Ivoire s’aggrave, sans que l’on puisse discerner actuellement une issue possible respectueuse des personnes et des institutions. La vie au jour le jour est de plus en plus difficile, et nos jeunes, comme beaucoup de ceux d’autres congrégations, ont dû quitter leur maison de Yopougon. Le Centre de Formation où ils se rendaient et dont notre confrère Edoh Bedjra est le recteur, est situé dans une zone particulièrement sensible : il a dû fermer ses portes…

 

 

            Avant de terminer cette lettre, je voudrais remercier tous ceux et celles qui ont participé d’une manière ou d’une autre à la célébration des obsèques du P. Michel Gérard : Mgr Dubost et Mgr Souchu, qui ont présidé les célébrations[1], mais aussi tous ceux et toutes celles qui ont préparé les liturgies ou ont accueilli concrètement les personnes venues partager notre peine et notre espérance. Nous avons tous ressenti, je crois, cette solidarité simple et profonde qui unit les eudistes, les membres de la grande famille et leurs amis. Que tous vous en soyez très simplement, mais sincèrement remerciés.

 

            Vous trouverez au pied de cette lettre le texte extrait du Royaume de Jésus, « Pour mourir chrétiennement » : le P. José-Antonio Sabino l’avait proposé à la province du Venezuela en annonçant le décès de Michel. Très fortement marqué par le christocentrisme de Jean Eudes, nous pouvons le redire avec notre prière pour Michel.

 

            Bonne fête de l’Annonciation ; bien fraternellement en Jésus et Marie,

 

 

Vicaire général des eudistes

 

 

 

« Jésus, je t’adore dans le moment de ton entrée au ciel. Et je t’offre l'entrée que j'espère, par ta très grande miséricorde, faire un jour dans le paradis, en l'honneur de l'entrée glorieuse et triomphante que toi et ta bienheureuse Mère y avez faite au jour de ton Ascension et de son Assomption. Car c'est ainsi, ô mon très adorable Jésus, que je désire consacrer tout ce qui a été, est et sera en moi au temps et en éternité, à l'honneur et hommage de ce qui a été et sera en toi et en ta très honorable Mère.

Jésus, l'unique objet de mes amours, quel amour, quelles louanges te rendrai-je pour tout ce que tu es en toi-même, et pour tous les effets innombrables de ta  bonté au regard de toutes tes créatures et de moi spécialement ?

O bienheureux jour, auquel je commencerai à aimer très purement et parfaitement celui qui est infiniment aimable !

O jour mille fois heureux, où je commencerai à être tout amour vers celui qui est tout amour vers moi !

Mon cœur se remplit de joie à cette pensée qu'il viendra un jour où je serai tout changé en louange et en amour vers toi.

Quand viendra-t-il ce jour tant désirable et mille fois désiré ?

OC I, 556 ss

 



[1] Le site www.eudistes-france.com publie un certain nombre de textes de ces célébrations.

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Théologat Eudiste De Yopougon

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